HISTOIRE

Le chœur des chanoines

Les chanoines de la cathédrale et la vie du chapitre

La cathédrale n’est pas une église paroissiale jusqu’à la Révolution. Elle est l’église-mère du diocèse, l’église de l’évêque où se trouve son siège, signe de son autorité : la cathèdre. Aux premiers temps du christianisme, l’évêque s’adjoint l’aide de religieux qui l’assurent de leur soutien par leurs prières : ce sont les chanoines. Leur vie réglée (kanôn veut dire « règle » en grec) est commune. Le réfectoire et le dortoir se trouvent alors directement accolés à la cathédrale.

Au départ il y a trente-et-un chanoines, chacun assisté d’un vicaire. Leur nombre passera à vingt-et-un au début du XVe siècle. Ils se réunissent sept fois par jour pour chanter les offices dans le chœur. On voit aujourd’hui leurs stalles (leurs sièges) qui sont sur deux niveaux : les vicaires en bas et les chanoines en haut. En 1297 le chapitre est sécularisé, c’est-à-dire que les chanoines abandonnent la vie commune et délèguent progressivement leurs fonctions liturgiques à leurs vicaires.

La vie religieuse reste cependant très dynamique. Au XVIe siècle, une centaine d’ecclésiastiques célèbrent chaque jour le culte de diverses manières dans la cathédrale. Celle-ci étant placée sous le vocable de sainte Cécile, patronne des musiciens, une place particulière est faite à la musique. Chaque année, à la fin du mois de novembre, on fait venir des musiciens pour interpréter des œuvres de musique sacrée. Certaines sont créées pour l’occasion et exécutées par la chapelle de la cathédrale. Cette tradition perdure encore, renforcée par les concerts d’orgue.

La Révolution met un terme à cette antique institution. Le 22 octobre 1790 le chapitre est dissous. Après la tourmente, en 1823, on cherche à rétablir le chapitre des chanoines selon de nouvelles règles. Le visage du chapitre n’est plus le même et le titre même de chanoine devient seulement honorifique. En 1974 se déroule la dernière réunion du chapitre d’Albi, qui ne comprend plus que dix chanoines. Aucun n’a été nommé depuis lors.

Les stalles des chanoines et des vicaires. L’élément placé sous l’assise sert à se reposer une fois relevé ; on l’appelle une « miséricorde ».
La cathèdre (c’est-à-dire le siège) de l’évêque. Il est ici frappé aux armes de l’archevêque Charles Le Goux de la Berchère (1687-1703).

La clôture du chœur des chanoines (ou « grand chœur »)

Le chœur des chanoines de la cathédrale d’Albi (appelé aussi « grand chœur), chef d’œuvre du gothique flamboyant, est l’un des grands chantiers lancés par l’évêque Louis Ier d’Amboise. Il témoigne d’une grande virtuosité technique, d’une subtile mise en scène biblique et théologique et d’une foisonnante créativité. Tout chante ici la louange au Dieu Créateur avec le langage du cœur et de l’esprit.

La fonction de ce chœur est de délimiter l’espace le plus sacrée de la cathédrale, c’est-à-dire son sanctuaire, lieu de la Présence réelle, de la célébration eucharistique et des offices canoniaux. Il se présente comme un véritable monument dans la cathédrale, une église en miniature, une petite église dans la grande. Le blanc éclatant de sa pierre calcaire tranche, au moment de sa construction, sur la couleur ocre encore dominante au-dedans de la cathédrale : est ainsi symbolisée la descente de la Cité de Dieu parmi la Cité terrestre, opérée lors de l’incarnation du Fils de Dieu et perpétuée dans le sacrement de l’Eucharistie.

Cet ouvrage recèle une remarquable statuaire polychrome. A l’extérieur sont représentés des personnages de l’Ancien Testament : des prophètes et des rois d’Israël ; à l’intérieur sont figurés des personnages du Nouveau Testament : les douze apôtres, ainsi que la Vierge Marie, saint Jean-Baptiste, saint Paul (dans le sanctuaire) et d’innombrables anges, accompagnés de sainte Cécile (dans la nef canoniale). Tous ces personnages offrent une extraordinaire variété : il n’y a pas de visage, de posture ou de costumes similaires. Certains visages (ceux des prophètes Jérémie et Isaïe notamment) présentent une vive expressivité.

La statuaire qui jalonne le tour du sanctuaire, est savamment organisée, avec la création d’une subtile correspondance entre les personnages situés à l’extérieur de la clôture et ceux situés à l’intérieur. Toute une mise en scène biblique et théologique se déploie. La synopsis est bâtie autour de douze binômes de personnages placés dos à dos : à l’extérieur, un prophète, à l’intérieur, un apôtre. Comme tous les personnages tiennent en main un phylactère (ou banderole), sur lequel est reproduit soit un verset biblique pour les prophètes soit un article du Symbole des Apôtres (ou Credo) pour les apôtres, un va-et-vient existe entre les deux paroles : à telle parole de prophète répond telle parole d’apôtre. Ceci dans un but apologétique. L’objectif est de montrer que tout ce que les prophètes ont annoncé à propos du Messie, s’est bien réalisé en la personne du Christ – les apôtres, qui l’ont côtoyé de près, en témoignent. Par exemple, ce que le prophète Isaïe avait annoncé six ou sept siècles avant le Christ, à savoir que le Messie naîtrait d’une « vierge », son binôme l’apôtre Jacques le Mineur le confirme : Jésus « a été conçu du Saint-Esprit et est né de la Vierge Marie ». Ce que le prophète Zacharie avait proclamé entre deux et cinq siècles avant le Christ, à savoir que le Messie serait « transpercé », son binôme l’apôtre Jean le corrobore : Jésus a été « crucifié sous Ponce Pilate ». Ce que le prophète Osée avait présagé environ sept siècles avant le Christ, à savoir que le Messie détruirait la mort, son binôme l’apôtre Jacques le Majeur l’atteste : Jésus, « le troisième jour, est ressuscité d’entre les morts ». Et ainsi de suite. A l’aurore de l’époque moderne, cette œuvre entend mettre en évidence l’existence d’une rationalité dans l’acte de croire, provenant de la cohérence interne de la Révélation biblique, et prévenir du caractère non-fondé de la prétention à vouloir opposer la foi et la raison.

Cette statuaire s’accompagne de motifs foisonnants : des feuillages variés (chêne, vigne, lierre, choux, chardons…), des animaux inattendus (escargots, oiseaux, chiens, ours, singes, renards, lapins…) et des petits personnages surprenants (monstres et chimères). Que de créativité pour exprimer la louange de la création au Créateur !

Selon leur interprétation des sources, les historiens date le chœur des chanoines d’Albi soit des années 1475-1480 soit des années 1495-1500. Ils s’accordent pour désigner comme auteurs de ce chef d’œuvre les deux plus grands imagiers de France de l’époque : l’Avignonnais Antoine Le Moiturier (1425-1497) et/ou le Berrichon Michel Colombe (v.1430-v.1512).

Le jubé et la clôture du chœur des chanoines d’Albi ont subsisté malgré les menaces de destruction de la Révolution. S’ils ont subi des dommages sous la Terreur (avec notamment la destruction de soixante-douze statues de la façade du jubé et le bûchage systématique des blasons aux armoiries de Louis Ier d’Amboise), ils nous sont parvenus dans un état de conservation relativement bon qui permet d’imaginer la magnificence de l’ouvrage à l’origine. Grâce à des mécénats recueillis par le World Monument Fund, une restauration de la nef canoniale (sculptures en pierre, peintures et stalles) est réalisée en 2015-2016, lui redonnant son aspect et ses couleurs d’origine. Un autre mécénat sous le même égide permettra la rénovation du sanctuaire en 2023 et achèvera ainsi ce travail de restauration de tout l’intérieur de la clôture du grand chœur.

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